Innovation : où est la France ?

Le monde du paiement est en pleine ébullition ! Pas une semaine ne passe sans entendre que tel ou tel service est en projet, en lancement ou déjà opérationnel aux 4 coins de la planète ! En France, en apparence tout paraît calme, est-on réellement en retard ? Quelques jours après l’annonce de la fin du service Moneo, notre avis sur la question.

Quelles innovations ?

Ces dernières années, les innovations ont principalement été portées par des révolutions technologiques et par l’introduction de 2 vecteurs désormais incontournables : internet et le smartphone. De nouveaux services et moyens de paiement ont vu le jour tels que Paypal, les portefeuilles électroniques, le paiement sans contact et le paiement mobile. Ce dernier peut exploiter et combiner différentes technologies comme le NFC, le HCE, la tokenisation, le QR Code et le PDF-417.

Le développement du paiement sans contact s’est également décliné sur notre objet favori : la carte bancaire ! Ce service est en passe d’être adopté en 2015 en France en témoigne les nombreux commerçants désormais équipés et encourageant ce type de paiement (réduction drastique du temps de transaction, très pratique en cas de rush et aussi baisse des commissions). L’usage de la technologie sans contact NFC se décline pour les cartes, pour les téléphones mais aussi pour tout un tas d’objets connectés : smartwatchs en tête !

Cependant, la mise en place de ces nouveaux moyens de paiement pose de nouvelles problématiques en matière de sécurité. Les acteurs interbancaires y répondent en introduisant de nouvelles normes et process. La norme 3D-Secure a permis d’améliorer la protection du commerçant lors d’un paiement en ligne. La récente introduction du couple HCE/tokenisation va permettre de répondre aux défis de la sécurisation du paiement mobile.

L’ère actuelle est aussi à la digitalisation des services et à l’amélioration des méthodes d’authentification. Les débuts timides de la biométrie montrent néanmoins l’étendue de ses immenses possibilités. À l’heure du big data, de l’analyse et de l’exploitation à outrance de ces données, garantir la sécurité des données est une problématique primordiale. Les fuites de données se sont multipliées ces derniers mois, il y a beaucoup à faire dans ce domaine à réguler.

Qui tire actuellement le marché ?

En premier lieu, ce sont les sociétés High-Tech américaines : Apple et Google le plus souvent épaulés et accompagnés par les réseaux Visa et MasterCard (Apple Pay et Android Pay : solutions de paiement mobile exploitant les technologies NFC, HCE et la tokenisation). Samsung a aussi investi ce marché en proposant un service de paiement concurrent à ceux d’Apple et de Google (Samsung Pay, utilisant la technologie « Magnetic Secure Transmission »).

Visa veut réduire la fraude en géolocalisant nos téléphones. PayPal qui a révolutionné le paiement en ligne propose désormais des alternatives aux TPE classiques (PayPal Here). La startup californienne Square lancé en 2009 permet l’acceptation de paiement par carte à partir d’un simple smartphone ou tablette. Elle est aujourd’hui valorisée à 6 milliards de dollars. Et il en existe bien d’autres !

Et en France ?

Faute d’avoir pu trouver son marché, le service Moneo s’éteindra cet été après 16 années de fonctionnement. Les services franco-français Buyster et Kwixo ont eux rendu l’âme quelques mois après leur lancement. Les acteurs français sont désormais rassemblés autour de Paylib qui survit mais pour combien de temps encore ? L’enjeu : obtenir l’adhésion des porteurs et des commerçants.

Quelques éclaircies ont cependant lieu, comme par exemple la startup Lydia qui permet le paiement de personne à personne via QR Code. Lancé en juillet 2013, elle a levé 3.6 millions d’euros en septembre 2014 et conquis rapidement plus de 10 000 utilisateurs et 1 000 professionnels.

Autre nouveauté dont nous vous parlions il y a quelques semaines sur notre blog : la digitalisation des titres-restaurant lancé il y a près d’un an. Il est aujourd’hui possible de payer sans contact avec une carte dédiée, via son smartphone ou via sa smartwatch (technologies NFC, HCE et QR Code).

Mention spéciale à la Société Générale dont l’application mobile est régulièrement citée parmi les meilleures au monde et au Crédit Mutuel qui innove dans son approche du service client (à titre d’exemple : votre conseiller est prévenu de votre présence dans l’agence par géolocalisation de votre smartphone – technologie iBeacon).

Quid du paiement mobile en France ?

Cela fait déjà plus de 8 ans que l’on parle du paiement mobile sans contact basé sur le NFC. Technologiquement, il n’y a aucun frein puisque le NFC est déjà là depuis très longtemps. Les obstacles ayant bloqué son déploiement sont entre autres :

  • Le faible taux d’équipement compatible à la fois côté porteurs et côté commerçants
  • Politique et organisation : choix et implémentation du modèle fonctionnel et économique, insertion d’une nouvelle puce dans le téléphone (appartenant à la banque) ou utilisation de la carte SIM (appartenant à l’opérateur), intégration d’un nouvel acteur (le tiers de confiance), etc.

Le dernier point a provoqué de très longues discussions entre les 3 opérateurs mobiles (Orange, SFR et Bouygues Telecom car Free Mobile n’existait pas encore) et les principales banques françaises réunies au sein du GIE CB. Cela a débouché sur la création de l’Association Européenne Payez Mobile (AEPM) et sur une expérimentation conjointe à Nice, Strasbourg et Caen. Après avoir rempli les objectifs fixés (notamment démontrer la sécurité et la viabilité de la solution), elle a été dissoute le 15 octobre 2014, ouvrant la voie à une généralisation par ses acteurs.

Des news très récentes incitent à l’optimisme

Le 11 mai 2015, le Crédit Agricole annonce la mise en place d’un nouveau service de paiement utilisable sur internet ou en magasin. Ce service s’appuiera sur une authentification biométrique délivrée par nos smartphones. La première phase pilote est prévue pour cet automne.

De son côté, le 20 mai 2015, le Groupe BPCE, en partenariat avec Oberthur Technologies, va lancer la première carte bancaire à cryptogramme dynamique. Un mini-écran sera ainsi présent au dos de nos cartes affichant le fameux code à 3 chiffres, modifié périodiquement. Ce dispositif appelé « Motion Code » complétera les mécanismes de sécurisation des transactions en ligne. La phase pilote est planifiée pour septembre 2015.

Il n’est pas trop tard pour ne pas être… en retard alors que nous aurions pu avoir 5 ans d’avance ! Aujourd’hui la France suit le mouvement, au lieu de l’impulser comme elle a su le faire par le passé. Elle reste le pays qui a lancé la carte à puce, ne l’oublions pas !

0 commentaire à propos de “Innovation : où est la France ?”

  1. Il y a beaucoup d’agitation autours des Wallets

    On peut parler de paylib ou bien des wallets commerçants qui ont vocation à intégrer la fidélité et le couponing

    • Bonjour Emilie,

      Effectivement, de nombreux projets sont en cours et des services de wallets déjà opérationnels (MasterCard PayPass Wallet, V.me by Visa, PayPal, Google Wallet et Paylib).

      Plus globalement, des offres fleurissent dans tous les domaines et particulièrement autour du sans-contact. A titre d’exemple, Orange et Sanef mènent actuellement des expérimentations pour proposer le paiement NFC avec son mobile lors des péages autoroutiers.

      A noter qu’hier, lors des Assises des Moyens de Paiement qui se tiennent à Bercy, les banques françaises se sont engagées à promouvoir les moyens de paiement innovants dont les terminaux nomades (m-POS) et le sans-contact.

      Les discours récents des acteurs du monde bancaire et du gouvernement incitent les français à se tourner vers ces nouveaux moyens de paiement et délaisser (enfin ?) les chèques et les espèces.

      Jérémy.

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