Comment fonctionne Sharepay ?

Comme nous le mentionnons dans notre précédent billet, Sharepay vient de sortir une carte d’un nouveau genre qui rendra bien des services aux vacanciers ne souhaitant pas se prendre la tête pour le partage des dépenses. Une transaction et plusieurs comptes rattachés sont débités équitablement. Mais comment peut fonctionner un tel système ? Quelles sont ses limites ? Pour tout savoir, lisez la suite.

Note du 24/07/2016: L’article a été largement mis à jour suite à quelques remarques de l’équipe Sharepay que je remercie au passage.Sharepay est une startup créé en 2014 et qui gère la carte éponyme. Cette carte est émise par  Transact Payments Limited (TPL) – société européenne basée à Gibraltar et affiliée à The Bancorp – établissement de monnaie électronique ayant été agréé par la Commission des Services Financiers de Gibraltar et ayant demandé un passeport européen. Ce passeport a été accordé en France par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. L’agrément de l’ACPR confère ainsi le droit à TPL d’émettre la carte Sharepay en France.

Sharepay est une carte prépayée, à autorisation systématique, et MasterCard only*. Grâce au réseau américain, cette carte fonctionne en France comme à l’étranger, à la condition logique que l’accepteur soit adossé au réseau MasterCard. La particularité de cette carte est qu’elle permet le partage des dépenses.

Note : l’expression « MasterCard only » est employée pour une carte française qui ne possède que l’application MasterCard. Aussi, la transaction n’empruntera pas le réseau français CB, fût-elle réalisée chez un commerçant français.

Comment devient-on Sharepayer ?

Chaque porteur, appelé Sharepayer dans cet écosystème, désirant adhérer au système doit ouvrir un compte sur le site Sharepay. Pour ce faire, l’utilisateur doit communiquer son numéro de téléphone portable ; la vérification de ce dernier est faite par un code SMS reçu sur celui-ci et à reporter sur le site. Ensuite, le porteur enregistre sa carte bancaire personnelle – peu importe qu’elle soit adossée à CB, Visa ou MasterCard. C’est vers cette dernière, que le serveur d’autorisation de Sharepay enverra une demande d’autorisation (cf. le fonctionnement du paiement ci-dessous). La vérification de la carte est faite par une autorisation 3D-Secure* d’un montant de 1 euro, sans compensation (donc pas de débit).

Note : 3D-Secure est un protocole de paiement permettant d’authentifier le porteur. Chaque banque émetteur est chargée de vérifier l’identité de son porteur, par exemple en s’assurant de la capacité de l’utilisateur à reporter le code envoyé par SMS sur le téléphone rattaché à la carte bancaire.

Une fois inscrit sur le site, le Sharepayer recevra une carte dans un délai de 3 à 10 jours ouvrés ; un peu plus en ce moment, Sharepay étant manifestement victime de leur succès.

Parallèlement, le Sharepayer peut créer un groupe dans lequel il invite d’autres utilisateurs de Sharepay. Il devient ainsi administrateur du groupe. Ce statut lui donne le droit d’inviter d’autres personnes ou au contraire d’en supprimer. Ces utilisateurs peuvent accepter de rejoindre le groupe ou non. Chaque utilisateur d’un groupe, administrateur compris, a la possibilité de définir son ratio de partage entre 50 et 100%, les plafonds de paiement (par transaction, hebdomadaire et mensuel), l’activation / désactivation de la carte, etc.

Note : des plafonds maximums sont également mis en place en accord avec le statut d’Établissement de Monnaie Électronique de la banque émetteur (Transact Payments Limited). Ainsi n’est-il par exemple pas possible de dépasser 2500 euros de paiement quotidiennement. Au-delà, le Sharepayer devra fournir des documents (par exemple la photocopie de son passeport, relevé bancaire). Il s’agit de procédure classique de KYC (Know Your Customer) définie dans la 4ème Directive de lutte contre le blanchiment (LCB/FT) afin de se protéger autant que possible contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Comment fonctionne le paiement ?

Une fois la carte reçue, le Sharepayer doit activer sa carte sur le site et afficher le code confidentiel (PIN). D’ailleurs, en cas d’oubli de celui-ci, il pourra également le consulter de nouveau sur le site. Bien que l’affichage ne dure que 15 secondes et qu’il nécessite le mot de passe confidentiel défini lors de l’inscription sur le site, ce n’est pas une bonne pratique de stocker le PIN. Ce point sera probablement à améliorer plus tard lorsqu’ils devront se mettre en conformité avec le standard PCI-DSS.

De manière classique, Sharepay est un système 4 coins en dual message. Cela signifie qu’il y a une autorisation afin de vérifier la solvabilité des Sharepayers (et bloquer l’argent) et une compensation afin de débiter leur compte.

Autorisation

Bien qu’il s’agit d’une carte prépayée, la carte Sharepay ne nécessite pas de chargement. Ce dernier est en fait réalisé lors de la demande d’autorisation.

Au moment de procéder à l’achat, le Sharepayer insère sa carte et saisit son code confidentiel. Une fois le code vérifié par la puce, une demande d’autorisation est émise sur le serveur d’autorisation émetteur de Sharepay via le réseau MasterCard. Ensuite, le serveur consulte les paramètres du compte afin de vérifier que la carte n’a pas été désactivée, que les plafonds ne sont pas atteints et récupère le ratio de partage des dépenses et la liste des comptes du groupe. Si tous les voyants sont verts, le serveur d’autorisation effectue autant de demandes d’autorisation vers les différents comptes bancaires personnels à partir des numéros de carte enregistrés par les Sharepayers du groupe en tenant compte des ratios de partage.

Note : À ce jour, il n’est pas possible de créer des groupes à plus de 2 personnes. Il faudra attendre octobre 2016 pour cela.

Si un seul de ces contrôles échoue, l’autorisation est refusée. À vérifier, mais en cas de refus d’une demande d’autorisation, une demande de redressement est émise pour annuler chacune des demandes d’autorisation précédemment acceptées et remettre les plafonds en état.

Si au contraire toutes les demandes d’autorisation sont acceptées, les différents comptes Sharepay seront alimentés du montant de la demande. Ces comptes seront aussitôt débités pour permettre le paiement. Ce fonctionnement est particulier, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une carte prépayée avec les obligations qui lui incombent !

Suite au paiement, une notification est envoyée aux Sharepayers concernés par l’opération, indiquant le montant qui sera débité. C’est un bon point pour un service partagé d’informer les parties prenantes afin d’éviter tout abus.

Le schéma ci-dessous explique le fonctionnement d’une autorisation pour un montant de 100 euros avec une répartition de 50/50.

Autorisast

Compensation

Lorsque le paiement a été effectué, l’opération est pris en compte dans le calcul des plafonds, mais les porteurs ne sont pas encore débités d’un point de vue comptable. Cela est effectué lorsque le commerçant effectue sa télécollecte afin que son acquéreur prenne connaissance des transactions effectuées. Il s’agit de la compensation. L’acquéreur envoie toutes les transactions MasterCard au réseau américain qui identifie chacun des émetteurs parmi toutes les opérations. Les transactions Sharepay sont ainsi envoyées à l’émetteur Transact Payments Limited qui avertit Sharepay afin de débiter les comptes de tous les Sharepayers concernés.

Compensation

Ajout du 24/07/2016 : suite aux modifications de l’article, le schéma est faux et sera revu prochainement.

Et niveau frais ?

La commande de la carte est pour le moment gratuite. En France, et dans tous les pays de la zone Sepa, les paiements sont gratuits conformément à la Directive sur les services de paiements. En dehors de la zone SEPA, Sharepay facture les commissions de change.

Le renouvellement anticipée d’une carte est de 10 euros. Après activation sur le site, la carte Sharepay permet également d’effectuer des retraits. Toutefois, ces derniers seront facturés 2 euros par retrait.

Mais alors comment se rémunèrent Sharepay et sa banque émetteur ? L’émetteur Transact Payments Limited se rémunère tout simplement grâce à la commission multilatérale d’interchange moins un pourcentage reversé à Sharepay.

Une application mobile

Dans les publicités, nous voyons une application mobile qui semble bien pratique. En effet, grâce à elle, il est possible de créer des groupes, de connecter sa carte à un autre groupe, de modifier la répartition des dépenses, les plafonds et bloquer la carte. Il est également possible de recevoir directement les notifications suite à un paiement, qu’on soit l’initiateur ou membre du groupe. Autrement dit, il s’agit du compagnon idéal. Dommage que l’application ne soit pas encore disponible.

Il faudra attendre septembre 2016 pour la mise en production de cette application.

Conclusion

Contrairement à ce qu’on peut penser en lisant le site web ou en se servant de sa carte, Sharepay est une carte prépayée, l’agrément de leur banque émetteur ne leur permettant pas d’en faire une carte bancaire de débit.

Toutefois, son fonctionnement particulier ne nécessite pas de rechargement puisque celui-ci est effectué lors du paiement. Ce procédé permet ainsi à l’utilisateur de ne pas avoir à s’inquiéter de la disponibilité de son solde comme c’est le cas pour une carte prépayée traditionnelle. Cela donne ainsi l’impression d’une carte bancaire classique, avec certes, des plafonds plus restrictifs.

De plus, la carte a la bonne idée d’être adossée au réseau interbancaire MasterCard, ce qui lui permet d’être acceptée quasiment partout dans le monde.

Par ailleurs, les frais ne sont pas plus élevés que pour une transaction classique, ce qui ne pénalisera ni le porteur, ni le commerçant.

L’avis de de la rédaction

Le service rendu est novateur (création de plusieurs autorisations à partir d’une seule) et répond à un véritable besoin. Si les couples peuvent se passer de Sharepay aujourd’hui en ayant recours à un compte commun (même si ce système a moins en moins la côte), cela peut être vraiment très intéressant lors d’un départ en vacances entre amis. Fini les avances !

L’application mobile et la fonctionnalité de partage entre plusieurs amis ne sont malheureusement pas encore disponibles aujourd’hui. Ces fonctionnalités, très attendues devraient voir le jour respectivement en septembre et octobre 2016. Vivement les prochaines vacances !

0 Replies to “Comment fonctionne Sharepay ?”

  1. Il me semble que vous avez fait une erreur dans votre article… Sharepay débite bel et bien les cartes des membres du groupe. Ce n’est pas une carte prépayée 😉

  2. Bonjour et merci pour cet article.
    J’ai cependant une remarque : après avoir échangé avec l’équipe Sharepay suite à la lecture de l’article, j’ai eut confirmation qu’il n’était pas nécessaire de recharger son compte Sharepay pour payer. Lors d’un paiement, la carte personne de chacun des membres est directement débité.

    • Bonjour davef,
      Merci pour votre retour. Vous avez tout à fait raison, ayant échangé également avec Sharepay.
      Le fonctionnement de leur carte prépayée n’est donc pas classique, ce qui peut induire en erreur.
      Je mettrai à jour l’article très prochainement.
      Cdlt,
      Kévin

  3. Bonjour,

    Quelques précisions sur votre article très intéressant :
    Le plafond journalier de 2500euros et aussi un plafond annuel (cf FAQ « Limite de la carte Sharepay ») sauf si on fourni les doc nécessaires pour passer en niveau 2 (plafond de 25000) ou 3 (> 25000).
    Les conditions de TPL prévoient des frais possible de KYC (chapitre 4.2 de leurs CGU) pour changer de plafond.
    Après question au support Sharepay, il m’a été répondu que ce sont « des frais gratuits ».

    Autre point, l’arrondi au centime en cas de division d’un montant impair est toujours en faveur de Sharepay, ce qui peut faire une source de revenu caché sur un grand nombre de transactions « qui ne tombent pas rond »

    • Bonjour François,

      Merci pour votre commentaire.
      Il s’agit effectivement des plafonds mentionnés dans la CGU de l’émetteur en sa qualité d’EME. Le plafond de 2500 euros découle quant à lui de la directive monnaie électronique 2009/110/CE (DME 2).
      Généralement, les CGU prévoient larges, pour ne pas avoir à revenir dessus en cas de changement de stratégie de ventes (comme ici pour la facturation des KYC additionnels). Mais, la facturation des KYC ne serait pas la bienvenue en phase d’opération de séduction.

      Au plaisir de vous relire,
      Kévin

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